Déclaration de solidarité avec la défenseuse syrienne des droits humains Noura Aljizawi

Nous, les personnes et organisations soussignées, vous écrivons pour exprimer notre solidarité avec Noura Aljizawi, défenseuse syrienne des droits humains et survivante la torture, à la suite d’une série d’actions alarmantes prises par les autorités canadiennes concernant sa demande de résidence permanente. Nous appelons les autorités canadiennes à accélérer l’approbation de sa demande de résidence permanente sans plus attendre.

Noura Aljizawi : Un phare pour les droits humains et la démocratie

  • Noura Aljizawi est une défenseuse des droits humains et de la démocratie qui vit en exil au Canada depuis 2017 ; elle est arrivée au Canada après avoir été admise en tant que boursière du  Scholars-at-Risk Fellowship à l’Université de Toronto.

Défense de la démocratie en Syrie, arrestation et torture

  • En Syrie, Noura a été une des leaders des manifestations en faveur de la démocratie pendant le Printemps arabe. En réponse à son activisme pacifique, les autorités syriennes l’ont séquestrée, détenue et torturée en 2012.

Une voix pour les droits des femmes

  • Après sa libération, elle est partie pour la Turquie et est devenue la vice-présidente et la principale voix des femmes au sein de la Coalition nationale syrienne en exil, une organisation dominée par les hommes qui représente les jeunes et les femmes militants à l’intérieur de la Syrie. Elle a été élue pour siéger à la table des négociations des Nations unies à Genève afin de rétablir la paix en Syrie.
  • Noura a également fondé Start Point, une organisation de société civile visant à soutenir les femmes et les filles syriennes qui ont été détenues et torturées. L’organisation a reçu un financement du gouvernement canadien.

Une chercheuse et une témoin experte très respectée

  • Noura est aujourd’hui chercheuse senior au Citizen Lab à la Munk School of Global Affairs & Public Policy de l’Université de Toronto, où elle a obtenu sa maîtrise en affaires mondiales. Noura est connue pour ses recherches fréquemment citées sur le harcèlement fondé sur le genre et la répression transnationale numérique.
  • En 2021, Noura a été invitée à participer au Sommet pour la démocratie, organisé par la Maison Blanche de Biden, où elle a donné une conférence sur comment répondre à la répression transnationale.
  • En 2022, Noura a passé trois jours à témoigner à l’appui d’une poursuite intentée conjointement par les gouvernements du Canada et des Pays-Bas contre la Syrie pour torture devant la Cour internationale de justice.

Traitement inéquitable par les autorités canadiennes

En 2020, Noura et son mari ont demandé la résidence permanente par le processus d’entrée express. Les demandes de ce type sont généralement traitées dans un délai de six mois.  Ce qui s’est passé ensuite est profondément troublant :

  • Le couple n’a eu aucune nouvelle de l’état d’avancement de sa demande jusqu’à un courriel de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) datant de 2023, dans lequel l’ASFC demandait une entrevue.
  • L’ASFC a demandé que cette entrevue ait lieu au Centre d’exécution de la loi de l’ASFC du Grand Toronto, qui comprend un centre de détention bien connu de l’ASFC près de l’aéroport Pearson de Toronto, ce qui a fait naître la possibilité alarmante d’une déportation.
  • Après que l’avocate de Noura a écrit à l’ASFC pour demander plus d’informations, l’Agence a répondu par une vague intention de « clarifier certaines préoccupations relatives à l’article 34 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés ».
  • L’article 34 de la Loi canadienne sur l’immigration et la protection des réfugiés confère aux services de renseignement un pouvoir discrétionnaire étendu dans le cadre de la sécurité nationale et a déjà été critiqué par des avocats et des défenseurs des droits humains en raison de l’insuffisance des garanties procédurales.
  • Cette entrevue a été brusquement annulée par les autorités quelques heures auparavant et n’a pas été reprogrammée depuis, laissant Noura sans aucun recours et dans un trou noir en matière d’immigration.

En résumé, les autorités canadiennes ont soumis Noura à des délais excessifs sans justifier leurs actions alarmantes et leur non-respect des procédures établies par la loi. Ces actions ont soumis Noura, qui est mère d’une fille Canadienne de 5 ans, née au Canada, à de graves préjudices psychologiques. Les mauvais traitements qu’elle a subi créent un précédent extrêmement grave pour les défenseurs des droits humains contraints de s’exiler au Canada.

Le fait de ne pas soutenir Noura, qui a risqué sa vie pour témoigner dans une affaire portée par les autorités canadiennes, constitue une abdication alarmante des responsabilités du gouvernement qui nuit gravement à ses priorités politiques sur la Syrie, à son programme pour les Femmes, paix et sécurité et à la protection des défenseurs des droits humains à l’échelle mondiale.

L’avocate de Noura intente actuellement un recours devant la Cour fédérale pour contraindre les autorités canadiennes à traiter son dossier dans les plus brefs délais.

Canada : Traitez et approuvez la demande de résidence permanente de Noura

Nous, soussignés, demandons aux autorités canadiennes de traiter et d’approuver la demande d’entrée express de Noura Aljizawi et de son conjoint de manière urgente et immédiate. Nous demandons également des excuses officielles pour le préjudice psychologique et le traumatisme causés par la manière dont le gouvernement a traité son dossier.

Nous insistons sur une réévaluation urgente des lois, des politiques, des appels et des processus décisionnels liés à la réinstallation et à l’immigration des défenseurs des droits humains. En particulier, nous demandons un examen approfondi de l’application de l’article 34, afin de garantir que les défenseurs des droits humains comme Noura ne soient plus jamais soumis à un traitement aussi injuste.

Finalement, nous appelons le gouvernement canadien à respecter son engagement en faveur des valeurs démocratiques, des droits humains et de la promotion des femmes, de la paix et de la sécurité à l’échelle mondiale. Le Canada doit protéger les défenseurs des droits humains comme Noura, qui incarnent ces principes et ont consacré leur vie à les faire progresser.